Hier j’ai dépoussiéré mon drone et j’ai été faire quelques prises de vues pas très loin de Tournai : au château de la Royère.
Par 5°c, je n’y suis pas resté très longtemps mais cela m’a permis de quand même faire un petit montage que je partage ici :

L’histoire du château

Après bien des vicissitudes du temps et des hommes (guerres, pillages…), fréquentes dans terre de frontière, le château de la Royère s’est maintenu tant bien que mal jusqu’à notre époque. Très abimé (il est amputé de près de la moitié de son élévation), il demeure le dernier témoin de l’architecture militaire du XIIIème siècle dans la région et le dernier fort décagonal de Wallonie. Il recèle, pour qui veut bien s’y intéresser, d’innombrables informations concrètes sur la construction, la défense et la vie d’un château-fort.

Délibérément implanté dans un marécage, moyen de défense naturel où hommes et bêtes s’enfonçaient jusqu’aux genoux il se présentait au départ, vers l’an mille, comme une motte féodale que dominait un donjon. La topographie actuelle rend compte de cette motte primitive. En effet, on peut toujours distinguer la double ceinture d’eau délimitant la haute-cour (château) et la basse-cour (champ).

Ce premier château, appelé “mansum di Rohiera” dans les textes, fût vendu par Hugues de Roubaix à Arnould IV d’Audenarde en 1227.

Homme riche et très influent de son temps, seigneur de Lessines, Audenarde, Welden, Leupegem, Ellezelles, La Hamaide et plein d’autres lieux, Bailli de Flandre, conseiller de la comtesse Jeanne, Arnould est le commanditaire probable de l’enceinte décagonale en pierre de Tournai.

Reconstitution du château de la Royère
Reconstitution du château de la Royère

Bien que de taille réduite, le château de la Royère est le type même du château-fort de type “philipéen” (1180 – 1223) qui se caractérise comme suit :

  • Importance de l’enceinte
  • Plan géométrique (la forme décagonale ici adoptée permet d’éviter les angles morts et de tirer dans toutes les directions)
  • Présence de courtines reliant les tours
  • Renforcement des angles par des tours rondes en alternance avec des échauguettes (petites tours en surplomb contenant une petite pièce).
  • Présence d’archères sur deux niveaux des tours
  • Robuste châtelet d’entrée précédé jadis d’un pont-levis défendu par une herse, des portes cochères, un assommoir
  • Escarpement de la base des murs pour renforcer l’auto-défense contre la sape et faire ricocher les projectiles lancés du haut du chemin de ronde
  • Présence de latrines, d’un puits, d’un cachet récemment mis à jour

Ruine château mouscron

Comme tout bon château de l’époque, La Royère fût bâti pour défendre un territoire en zone frontalière (rôle militaire), mais surtout pour asseoir la puissance de son propriétaire (rôle ostentatoire).
Témoignant d’un raffinement extrême dans sa conception architecturale et dans son appareillage en pierre de Tournai, il servait à affirmer la richesse et le prestige du seigneur.

Notons que dans son testament en 1242, Arnould IV d’Audenarde assignait 40 livres de revenus annuels pour la fondation d’une chapelle à la Royère. Son épouse n’était autre que la célèbre Alix de Rosoit, commanditaire de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines.
Tout droit sorti du Moyen Age, le château de la Royère conserve une qualité d’authenticité rare due à l’absence de toute restauration.

Les assauts du château de la Royère au fil des siècles

En 1297, dans sa guerre contre la Flandre, Philippe le Bel place une garnison dans le château de la Royère, qui “fera beaucoup de mal aux Flamands” (LEURIDAN, T., Histoire féodale de Néchin).

Vers 1302, dans le cadre de la bataille des Eperons d’Or, les Flamands reprennent la Royère et en confient la garde à Alain de Kevaucamp, avec 40 chevaux (chevaliers) et 30 hommes à pied. Le 8 août 1477, lors de la campagne de Flandre de Louis XI, une troupe tournaisienne s’attaque au château, où se sont retranchés des paysans du village, avec 6 serpentines et 3 ou 4 voitures d’engins ; le château est déjà bien délabré mais les assaillants n’arrivent pas à le prendre et retournent penauds à Tournai (un auteur de l’époque dit que leurs échelles étaient trop courtes…).

En 1487, une milice de Courtrai fait le siège du château en représailles à des attaques incessantes des occupants de celui-ci dans les provinces flamandes. Ils l’investissent facilement car il n’était alors défendu que par 4 hommes, et ils l’incendient, ce qui provoque son abandon définitif.

Au gré des mariages, des héritages et des ventes, la Royère est passée aux mains de différents propriétaires (dont certains très célèbres) : les seigneurs de Cysoing, ensuite ceux de Walincourt, puis de Werchin, de Barbençon, de Melun, de Ligne, Rohan-Soubise, Crombez.

Les propriétaires actuels ont toujours le souci de sauvegarder les ruines de ce qui fût “la gloire de Néchin”.

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